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P. Mathieu (ADERLY) : “L’agglomération lyonnaise est en pénurie de mètres carrés techniques”
En marge de l’étude de Regional Partner, ITespresso a interrogé Pierre Mathieu, chargé de mission à l’Aderly (Agence de Développement Économique de la Région Lyonnaise) en charge notamment du secteur IT.
ITespresso : Quels sont les besoins exprimés par les entreprises lyonnaises ?
P. Mathieu : La situation actuelle est préoccupante. L’agglomération est en pénurie de mètres carrés techniques. Cela est lié au fait que ces dernières années, il n’y avait pas de réelle compréhension des enjeux et donc de volonté au niveau du développement économique. C’est ce qui a permis aux fournisseurs parisiens de capter de nombreux clients. La position géographique de Paris vis-à-vis des premiers réseaux de fibre optique venant notamment du Nord était également un avantage mais ce n’est plus vrai aujourd’hui.
De plus en plus, l’intérêt des collectivités est croissant, surtout avec l’explosion du besoin de stockage et de traitement de données. Cet accroissement est constaté dans de nombreuses filières : Biotechnologies, Eco-industries, édition de logiciels, jeu vidéo…De même, l’accroissement du volume des données générées par les grands groupes mais aussi par les TPE et PME, l’enrichissement des contenus en ligne (web 2.0) et le développement des services en ligne (Saas, cloud computing) conduisent mécaniquement à une augmentation des besoins en infrastructures d’hébergement.
Une étude menée conjointement par l’ADERLY et le Grand Lyon est actuellement en cours afin de déterminer précisément l’état de l’offre et surtout de la demande sur le territoire de Lyon.
ITespresso : Quels sont les acteurs du marché lyonnais pour héberger des infrastructures informatiques ?
P. Mathieu : Je pourrais citer Neuf devenu SFR qui propose une offre d’hébergement sans services dans son centre de Vénissieux. Il y a Netissime à Villeurbanne dont l’offre va de la simple location de baies ou de mètres carrés de salle jusqu’à la fourniture de services. L’opérateur Completel a également un centre mais n affiche un taux de remplissage maximum et la volonté de le développer ne semble pas présente. Enfin, Volvo IT (filiale du constructeur automobile, ndlr) a une offre d’hébergement d’infrastructures obligatoirement associée à une palette de services fournis par Volvo IT. On constate donc que par rapport au nombre d’entreprises présentes sur notre territoire, le nombre de Data Centers est très faible.
ITespresso : Quelles sont les actions de votre agence pour faire émerger les projets d’implantation de data centers sur votre territoire ?
P. Mathieu : Cela fait trois ans que je travaille et prospecte sur ce marché. Comme je le disais, je crois que la demande arrive car les collectivités ont bien compris l’intérêt de soutenir les projets de centres informatiques. Certes, le nombre d’emplois directs reste limité mais le nombre d’emplois indirects liés aux clients de ces centres est important et par extension, la valeur créée par l’investissement. De plus, les emplois créés autour d’un Data Center sont hautement qualifiés.
Un centre de données tient un rôle majeur dans l’éco-système économique et technologique d’un territoire car il peut permettre le développement d’activités. Ne pas favoriser l’implantation de ces infrastructures à Lyon revient à envoyer les entreprises de notre territoire vers Paris pour faire héberger leurs données, empêchant ainsi certains emplois d’être crées sur notre territoire. De plus, les sociétés lyonnaises qui se font héberger à Paris doivent payer une liaison en fibre optique très coûteuse entre les deux villes pour rapatrier leurs données, et n’ont pas accès à leurs machines facilement.
Dans ce contexte, l’ADERLY apporte une assistance à l’implantation en ouvrant son carnet d’adresses pour répondre à toutes les problématiques (énergie, télécoms, immobilier, organismes administratifs…) et communique sur le secteur. Mon contact est disponible auprès des investisseurs.
Les collectivités s’intéressent de plus en plus aux centres informatiques
Ces dernières années, le marché français de l’hébergement de données se concentrait essentiellement sur Paris en raison des liens de télécommunication présents massivement en Ile-de-France et notamment en banlieue nord.
Mais cette tendance évolue au fil des mois avec de plus en plus d’acteurs qui se tournent vers la province. La densification des réseaux optiques a contribué à ce changement progressif.
Une évolution remarquée par le cabinet Regional Partner qui accompagne des collectivités territoriales françaises dans leur politique de développement économique. Ce cabinet de conseil a publié une étude sectorielle - réalisée en 2009 - qui revient sur le potentiel et le besoin de développement de ce secteur d’activité stratégique qu’est le stockage et le traitement de données pour l’économie d’aujourd’hui et de demain.
D’ailleurs, l’étude de Regional Partner est claire : Croissance du e-commerce, multiplication des services web, modifications des comportements sont autant de facteurs d’explication de l’explosion des échanges de données depuis quelques années.
Et pour comme pour étayer un peu plus ses arguments, les prévisions de croissance du secteur pour les quatre prochaines années restent fortes : sur les principaux marchés européens (France, Royaume Uni, Allemagne et Hollande), le marché de l’hébergement d’infrastructures informatiques pourrait afficher une croissance annuelle de 23%. Les nombreux projets en cours de construction dans ces pays sont d’ailleurs la pour le prouver.
Où sont-ils ?
S’il n’y a pas de lieu pré-défini pour implanter un centre de données, les contraintes sont nombreuses (voir interview Enia, ndlr).
Dans son étude, Regional Partner a d’ailleurs fait un rapide tour d’horizon. A commencer par la Seine-Saint-Denis qui profite d’une offre immobilière attractive et de la proximité de Paris et qui reste un réflexe naturel pour le segment des professionnels spécialisés.
Fin 2008, la région parisienne totaliserait 43% des principaux datacenters, répartis sur 26 sites. Quant à la province, avec 34 sites, elle représenterait 57% du parc national.
L’intérêt des collectivités commencent à se faire sentir
A l’inverse des grandes industries du vingtième siècle, les centres informatiques ne créent pas autant d’emplois directs. Pourtant, certaines commencent à s’intéresser sérieusement à ce marché.
“Le secteur des datacenters constitue un terrain vierge pour les territoires puisqu’ils ont encore été peu intégrés aux problématiques de développement économiques et d’aménagement des collectivités” note d’ailleurs la synthèse de l’étude.
En marge de son étude, Regional Partner a mis en ligne un site internet baptisé ITerritories et qui regroupe six collectivités désireuses d’accueillir de nouveaux projets (L’agglomération de Caen et celle de Dunkerque, le conseil général de Seine et Marne et l’Yonne, la région Artois et l’agglomération Lyonnaise).
Il faut dire que les arguments ne manquent pas. Considéré comme un “élément structurant en matière d’économie locale”, un datacenter garantit une disponibilité locale d’hébergement et de sécurisation de données utiles aux entreprises du territoire (ou au-delà).
Le bénéficie est également important en matière d’attractivité puisque la présence de structures d’hébergement et donc, d’une offre de services, est parfois un élément décisif recherché par des entreprises en recherche d’implantation.
Enfin, dans un contexte social difficile, l’étude souligne que “le caractère fortement capitalistique des data centers est attrayant du point de vue des ressources locales et ils apparaissent comme un secteur défensif, difficilement sujet aux mouvements de délocalisation“.
A lire également : Interview de Pierre Mathieu, chargé de mission à l’ADERLY
