PheonIX: Un ambitieux projet de point d’échange de trafic Internet

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Avec l'initiative de quelques personnalités du monde IP, la France pourrait devenir l'une des principales plaques d'échange de trafic Internet aux côtés de Londres, Francfort et Amsterdam.

Le trafic Internet ne cesse d’augmenter, c’est une réalité. Pour faciliter l’échange de ces données, les fournisseurs de services, opérateurs et autres fournisseurs d’accès, s’interconnectent sur des points d’échange de trafic (IXP). Mais pour échanger avec une majeure partie des opérateurs et acteurs de l’Internet, il faut passer par Londres, Amsterdam ou Francfort.

Une situation à laquelle voudrait remédier plusieurs personnalités du monde des réseaux IP en lançant un nouveau point d’échange à Paris, le Pheon-IX.

Pour parler de ce projet, nous avons interrogé l’un de ses initiateurs, Raphaël Maunier.

Vnunet: Bonjour Raphaël, pourriez-vous nous dresser un état des lieux de l’échange de données en Europe ?

Raphaël Maunier: A l’heure actuelle, les plus grosses plaques d’échanges en Europe sont l’AmsIX (Amsterdam), le Linx (Londres) et le DecIX (Francfort). Ces trois places constituent le paysage européen du Peering. Le reste du marché est partagé par quelques gros acteurs comme le Netnod (Suède), le NIX (République Tchèque), le Pl-IX (Pologne) ou encore le Panap en France qui ont chacun plus de 50 gigabits par seconde de trafic.

Le plus gros du volume reste cependant concentré sur les trois principales plaques citées en premier lieu. La plupart des réseaux non-européens ne considèrent que ces points d’échanges lorsqu’ils se déploient en Europe. Le constat est le même pour les réseaux européens.

Il faut savoir que de nombreux câbles sous-marins à forte capacité “atterrissent” en France, (à titre d’exemple, le câble Apollo à Lannion, le câble SMW-4 à Marseille et il y en a beaucoup d’autres). Sur ces câbles transitent de nombreux réseaux étrangers, mais très peu s’arrêtent en France pour peerer. Les câbles sont généralement utilisés pour de la redondance de circuit vers les autres pays. Beaucoup de réseaux espagnol et italien, ne sont présents qu’au Linx , AmsIX ou DecIX mais pas en France, sachant que leurs liaisons y passent.

Il faut également savoir que la plus forte croissance concernant le trafic internet mondial se fait en Europe et non pas aux USA ou en Asie. Nous devons remédier à cette situation et attirer plus de réseaux en France.

Nous devons également avoir plus de redondance sur le trafic échangé (peeré). L’année dernière, un incident majeur sur l’Amsix a très fortement impacté nos réseaux en France à un tel point que certains internautes français ne pouvaient plus commander sur des sites marchands français. Cette situation est dangereuse, nous devons absolument y remédier.

Vnunet: Donc il faut plus de redondance en prévision d’une explosion du trafic, notamment celui qui entre et sort de notre territoire ?

R. Maunier: L’explosion du trafic ne se fera pas qu’en France. Les pays de l’Est ou encore les pays d’Afrique vont voir le trafic augmenter de façon exponentielle.

Il ne faut également pas négliger les nouveaux services. Le peering est en grande partie “dédié” au trafic Internet classique. La Voix sur IP, la data-mobile vont également exploser et la mise en place d’une plateforme permettant d’agréger ces services est à envisager.

Nous avons vu avec la crise que le trafic Internet a un peu plus augmenté que la normale. D’après nos contacts et analyses, nous avons pu en conclure que les Internautes utilisent de plus en plus de services à la demande chez eux.

Prenez l’exemple très simple du budget d’une sortie au cinéma. Pour une famille de quatre personnes ayant un budget serré, ce n’est pas toujours simple. Cette famille pourra préférer louer un film en Vidéo à la Demande par le biais de son “Box Provider” ou sur un service en ligne proposant ce type de prestation.

Il n’y a pas que les effets de la crise, les habitudes changent également. Il n’est plus surprenant maintenant de voir des mails de dizaines de méga circuler, contenant des photos ou des documents. Nous devons avoir une plate-forme qui puisse répondre aux nouvelles exigences des utilisateurs.

Vnunet: C’est donc l’objet de votre projet baptisé “PheonIX” ?

R. Maunier: PheonIX n’est pour le moment qu’un projet qui a été fondé à l’initiative de deux personnes, Maurice Dean (Peering manager chez Google) et moi même (Neotelecoms) lors de la réunion au Nanog 43 et 44 ainsi qu’à l’European Peering Forum 3. Étant l’un des rares opérateurs français présents aux réunions du Nanog ou GPF, nous en sommes très rapidement arrivés à parler de la situation du peering en France.

La plupart des réseaux nord-Américain ou sud-Américain n’ont pratiquement aucune connaissance de nos infrastructures. De nos diverses conversations et constatations, nous est donc venue l’idée de ce projet.

La France n’a, actuellement, pas la place qui lui revient en matière de peering, malgré tous les atouts dont elle dispose.

Vnunet: Qu’est ce que va apporter ce nouveau point d’échange (IXP) à l’internet Français ?

R. Maunier: Le but n’est de ne pas concevoir simplement un nouvel IXP, mais bien une “fédération” des IXP existants. Il devrait apporter un peu plus de structure, réconciliation dans le peering français et donner une image plus professionnelle de nos réseaux. La qualité pour l’ensemble des utilisateurs s’en trouvera améliorée et de petits acteurs pourront alors “rencontrer” des réseaux étrangers plus facilement et directement.

Nous pensons également qu’une structure de ce type ne pourra que renforcer la communauté de l’IP en France en lui donnant une envergure internationale. Le social Networking est très en retard en France par rapport à ce que l’on voit ailleurs.

Vnunet: Est-ce une initiative de vos entreprises respectives ou personnelle ?

R. Maunier: Notre initiative est personnelle et indépendante. Nous ne sommes pas liés à nos entreprises ou groupes concernant ce projet et tenons à le rester. Nos entreprises respectives sont au courant de ce projet mais n’interviennent pas dans nos consultations.

Vnunet: A quel moment ont eu lieu les premières discussions autour de ce projet ?

R. Maunier: Notre première discussion “publique” sur ce projet a eu lieu à l’occasion du Frnog 13. Nous y avons dressé un état des lieux du peering en France et constaté la différence avec les autres pays européens ainsi que la croissance impressionnante du trafic ces douze derniers mois.

Depuis, notre petit groupe s’est agrandi. Christian Kaufmann (Akamai) et Nicolas Strina (Jaguar Networks) nous ont rejoint pour nous apporter leur aide.

Vnunet: L’augmentation constante du trafic est un élément moteur pour développer cette nouvelle infrastructure ?

R. Maunier: L’augmentation du trafic est inéluctable. La question que nous devons nous poser est notre capacité à absorber cette croissance. Pour avoir été présent lors de la dernière assemblée de l’AmsIX, ce sujet est clairement d’actualité. Les gros points d’échanges pensent à l’avenir, c’est à dire à demain.

Actuellement, en France, il n’y a pas de point d’échange réellement professionnel, neutre et dimensionné dont la stratégie n’est que le peering. Par principe, le peering public est censé être neutre, mais les points d’échanges que nous avons actuellement en France sont soit lié à un opérateur soit à un datacenter. En terme de neutralité, je pense que l’on peut faire mieux.

Vnunet: Avez-vous un exemple concret ?…

R. Maunier: Oui, prenons le cas du Panap. Cela a été une très bonne initiative de la part de Club-Internet et disons le, a permis de combler partiellement le manque de plateforme stable de peering en France. Cependant, le rachat par Bouygues jette un flou sur l’avenir de ce point d’échange, car nous n’avons toujours pas d’annonce claire de la part du groupe sur ce sujet. De plus, la gestion de ce point d’échange reste une partie du travail des ingénieurs qui le maintiennent et en “best-effort”.

Vnunet: Quels sont les moyens mis en oeuvre pour mener à bien votre projet ?

R. Maunier: Pour le moment, nous ne sommes qu’à l’état d’étude et les seules ressources dont nous disposons sont notre temps libre et la précieuse aide de nos collègues dans le monde de l’IP. Nos différentes réunions au Ripe, Nanog, Epf… nous permettent de rencontrer beaucoup de gens qui sont très intéressés par ce projet et qui ne demandent qu’à nous aider dès qu’il verra le jour.

Vnunet: S’il voit le jour, quel modèle sera retenu pour maintenir ce nouveau point ?

R. Maunier: Il n’y a pas encore de modèle retenu, nous n’en sommes qu’à l’état de consultation. Nous avons par ailleurs mis en place un site web avec les informations concernant ce projet et y avons mis un sondage dont le dépouillement aura lieu en juin (nous acceptons les réponses jusqu’au 31 mai).

La philosophie de ce projet est un point d’échange sous le mode associatif. Le concept de l’AmsIX ou du DecIX sont des modèles que nous avons regardé avec attention. Quoiqu’il en soit, le modèle devra forcément être payant car les coûts d’infrastructure, d’équipements et de ressources humaines ne peuvent pas être le fait de quelques personnes. Un loyer, quel qu’en soit la fréquence, est indispensable.

Si nous voulons avoir un point d’échange professionnel, qui sait évoluer en fonction du volume, des services et avec les SLA qui correspondent à ce que peuvent attendre les réseaux français et étrangers, cela ne pourra se faire sans une équipe qui est 100% dédiée à ce service.

Il est également très important que ce point d’échange soit indépendant sans aucune affiliation à un groupe ou un opérateur. Le peering est un service très critique et ne doit pas subir les pressions ou changements de stratégie de quiconque.

Vnunet: Le sondage que vous avez évoqué pourrait être un “feu vert” pour lancer le PheonIX ?

R. Maunier: Si vous souhaitez connaître une tendance avant la fin du sondage, je peux déjà vous informer que les premiers retours sont très positifs. Les réponses émanent autant de réseaux français que de gros réseaux étrangers. La quasi totalité approuve cette idée de consolidation. Nous avons d’ores et déjà été invités à en parler au prochain Nanog en juin, à Philadelphie…

Nicolas GUILLAUME

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